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Le parquet a annoncé mardi l'ouverture d'une enquête pour corruption visant un juge à la retraite et deux associés sur le projet de construction d'un pont reliant la Sicile à la péninsule italienne, un nouveau coup dur pour ce chantier dont la présidente du Conseil Giorgia Meloni s'est faite le chantre.
L'ouvrage consisterait en la construction d'un pont suspendu de 3,7 km entre la Sicile et la Calabre. La première conception de ce "pont de Messine" - il doit enjamber le détroit de Messine - remonte à 1981 mais il a depuis été reporté par des gouvernements successifs.
Giorgia Meloni a relancé le projet à son arrivée au pouvoir en 2022, en faisant même une priorité de son gouvernement, mais le chantier de 13,5 milliards d'euros s'est de nouveau enlisé en octobre dernier lorsque la Cour des comptes a empêché le début des travaux, qui étaient prévus en novembre 2025.
Les procureurs de Rome ont déclaré que le juge visé par l'enquête – alors membre Cour des comptes qui a évalué le projet de pont – avait apporté son soutien à un homme d'affaires et à un avocat.
D'après les procureurs, il leur a fourni des informations confidentielles en échange d'une promesse d'aide pour trouver un poste lucratif dans des institutions de droit public après sa retraite.
"L'avocat et l'homme d'affaire (...) auraient approché le juge (...) en lui promettant leur soutien pour lui obtenir des postes dans des organismes de droit public après son départ à la retraite", ont déclaré les procureurs.
Le juge, qui a pris sa retraite en février, cherchait un appui pour obtenir un poste à la tête de l'autorité italienne de la concurrence ou d'une entreprise contrôlée par l'État, précise le communiqué, qui ne désigne les trois suspects que par leurs initiales et leur âge.
Les procureurs ont ordonné la perquisition des documents et des appareils électroniques des suspects afin de recueillir des preuves supplémentaires.
UN PROJET TRÈS CONTESTÉ
Pietro Ciucci, dirigeant de la société Stretto di Messina chargée de superviser le projet de pont, a déclaré dans un communiqué avoir appris l'ouverture de l'enquête avec "surprise" et que la société n’était pas impliquée.
Le projet de pont en Sicile est aussi défendu par le ministre des Infrastructures Matteo Salvini, chef du parti d'extrême droite La Ligue, qui estime qu'il est essentiel pour créer une liaison routière et ferroviaire rapide vers la plus grande île d'Italie.
Les détracteurs du pont le jugent inutile et néfaste pour l’environnement, dans une zone régulièrement touchée par de violents séismes.
Après le blocage du projet par la Cour des comptes, le gouvernement s'est engagé à poursuivre les efforts et à répondre aux objections, mais aucun progrès significatif n'a été enregistré depuis.
Nicola Fratoianni, député de l'Alliance Verts et Gauche, a déclaré dans un communiqué que si les procureurs confirmaient les faits, cela validerait les inquiétudes concernant "un projet inutile et coûteux et le risque sérieux d’infiltration d’intérêts illicites".
Le ministère des Infrastructures a refusé de commenter.
(Reportage d'Angelo Amante et Marco Roberti, version française Elena Smirnova, édité par Benoit Van Overstraeten)

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